Nesmo, malgré ton indéniable talent de dessinateur, tu confonds et mélanges beaucoup de chose à propos de notre projet d'édition qui se prénomme Dream éditions. Voici quelques explications et éclaircissements.
nesmo a écrit:Le concept de crowdfunding, j’ai du mal. C’est basé sur la générosité et en même temps sur la spéculation. Bon, pas partout mais on attend un retour sur investissement quand même.
Le crowdfunding n'est pas toujours basé sur de la spéculation, ni sur un retour sur investissement. Bien au contraire!
Kickstarter aux USA, ou Ulule en France sont simplement des plates formes qui mettent en relation des auteurs avec des contributeurs. Ces derniers participent financièrement à la création de quelques choses (BD, livres disques...) avec en général des contreparties physiques bien expliquées (albums de BD, CD, billets de spectacle, ex-libris, fac-similé...). Dream éditions est basé exactement sur le même principe (sauf que l'on décide de tout, nous même).
nesmo a écrit:Dans l’auto-édition, tu touches facile de 30 a 50% mais là 14, c’est encore pire que de l’autoédition pour moi ! S’il n’y a pas de l’intermédiaire là…
Que ce soit moi et le dessinateur Silvio pour l'instant. Et peut-être demain, d'autres auteurs. On est dans une structure associative. Le but n'est pas que je fasse du bénéfices sur le dos de mes petits copains. Mais que l'on puisse TOUS ce rémunérer correctement pour notre travail fourni. On est plus dans un système d'auto gestion que dans un système classique d'entreprise.
Quant au sujet des 30 ou 50% de marge en auto-édition. On va plutôt tourner autour de 22%. Car outre l'impression et la promotion, il faut aussi payer la diffusion/distribution !
nesmo a écrit:Tu ventes le mérite d’une structure qui fait gagner de l’argent à toute la chaine de production d’une BD, sauf aux artistes… Sauf bien sûr l’illusion fugace de gros pourcentages d’une BD( 14 au lieu de 8) dont le gros point d’interrogation reste sa distribution, sa promotion, sa fabrication…
Non, je ne vante pas une chaine de production qui fait gagner de l'argent à tous le monde, sauf aux artistes. MAIS surtout aux artistes! J'avais mis 14% en exemple (je viens d'ailleurs d'enlever ce % sur le site de Dream éditions). Car sur les 22% de marge, il va bien falloir quand même garder un peu d'argent pour payer les frais de fonctionnement de l'association, de l'hébergement du site, de la participation à d'éventuels festivals, ainsi que de garder de la trésorerie pour d'éventuels retirages.
nesmo a écrit:Supposons que les 4500 albums se vendent, 14 euros l’album, 14%, 191 euros par planches pour les dessins avec la coul et le scénar…(100 euros si t ‘en vend que 2500 qui semble être le nombre moyen selon eux…) Et en supposant que les droits commencent au tout premier bouquin vendu…
Mouai mouai mouai…
Les ventes moyennes d'un album tournent effectivement autour de 2 500 ex en France (tant mieux pour toi si tu fais plus actuellement, mais nombre de tes collègues, et pas des moindre, font moins).
Et tu dis "selon eux", c'est selon NOUS. Chez Dream éditions, les auteurs sont aussi éditeurs (avec moi comme chef d'orchestre).
Bien sûr que NOS droits débuteront au tout premier album vendu. Puisque c'est NOUS qui décidons combien on veut toucher et comment on s'y prend. L'organisation est collégiale et absolument pas opaque. Comme le seront d'ailleurs nos relevés de ventes qui seront clairs comme de l'eau de roche.
nesmo a écrit:Le schéma classique avec un vrai éditeur est plus saint, si le projet lui semble viable (et là c’est important de dire viable pour l’éditeur ET pour l‘auteur) il le signe, ça permet de trier. A partir de là, les auteurs peuvent vivre de leurs avances sur droit et travailler.
C'est effectivement plus confortable pour un auteur de signer avec un "gros" éditeur (encore faut-il que les conditions soient correctes). Dream éditions ne s'adresse pas seulement aux "jeunes " auteurs mais aussi aux auteurs confirmés qui veulent avoir une alternative. Ce qui a été notre cas !
Ladies Circus aurait pu sortir dans une maison d'éditions "classique" et connue. Sauf que l'on ne s'est pas mis d'accord et ce fut l'incident déclencheur de la création de Dream éditions. Et aussi mon fort tempérament

nesmo a écrit:Le vieux schéma est le plus saint pour l’industrie et pour l’auteur qui débute.
Dans un monde idéal et figé oui ! Sauf que tout bouge en ce moment et relativement rapidement.
nesmo a écrit:Structure éditoriale pour moi veut dire business, vous espérez avoir pleins de projets pour avoir une grande visibilité et faire tourner la boutique, j’en reviens au début de ce poste sur mes méfiances de la générosité du crowdfunding.
Éditer un album c'est effectivement du business. Mais nous n'avons pas la prétention de devenir une multinationale de l'édition. Juste une association d'auteurs qui décidons comment éditer nos albums et sous quelles conditions financières. Surtout je n'ai aucune velléité d'éditer tous mes projets en auto-édition sur Dream éditions.
nesmo a écrit:Pour vous une liberté, de mon point de vue une régression, parce que ça fait baisser la moyenne globale du revenu des auteurs. Les éditeurs vont nous sortir, « mais regarde ils sont capables de bosser pour deux fois moins, toi aussi part en Chine pour pouvoir te loger et manger ».
C'est le contraire! La création de Dream éditions m'offre la possibilité de refuser le contrat d'un éditeur si je ne suis pas d'accord avec ces conditions tarifaires ou éditoriales. Sans pour autant hypothéquer complètement la vie de ce projet. C'est une liberté, même si toute liberté a un prix!
nesmo a écrit:Qui a l’œil de la viabilité ? Qui fait le travail éditorial ?
Tes questionnements ci-dessus sous tendent que nous ne sommes pas légitimes pour éditer nos propres albums et ceux des autres!
Même si, à mon avis, le monde de la BD connait un âge d'or au niveau de la qualité de la production (tout style confondu). Il y a quand même un sacré paquet de mauvaises BD qui sortent des gros et des moins gros éditeurs. En général, c'est toujours l'album du voisins et pas le sien

Et ces albums ont été initiés par des directeurs éditoriaux ayant pignon sur rue. Sauf que comme dans toute profession, il y en a des bons et des moins bons (il y aurait beaucoup à dire à ce sujet et pas seulement des ouï-dire mais ce n'est pas le propos de ce post).
Donc, c'est quoi un bon éditeur. Quelqu'un qui sait bien dessiner, bien écrire, bien compter, bien parler, bien observer.... ? Ou tout cela à la fois ? Bien sûr que non! C'est souvent bien plus trivial et simple que cela.
Pour toutes ces raisons et de part mes expériences passées et multiples, je ne me sens donc absolument pas (ainsi que Silvio et les autres auteurs qui nous rejoindrons ), plus illégitimes que d'autres pour juger le bien-fondé d'éditer ou non un projet (même si c'est plus difficile d'avoir du recul quand on est aussi l'auteur et donc juge et partie).
nesmo a écrit:On arrive à une époque où la facilité de sortir sa croute et se croire auteur est déconcertante… Tout s’amateurise, les l’auteurs qui bossent le soir après le boulot, les éditeurs maintenant. Bientôt les imprimeurs qui feront ça sur des petites imprimantes laser !!!!Tout ça participe à la surproduction, encore et encore…
Même si j'ai actuellement une série en cours, je suis effectivement nouveau dans la BD. Mais il serait péjoratif de traiter Silvio d'amateur. Alors qu'il dessine depuis des années aussi bien des albums que des dessins animés ou des jeux vidéo dans toute l’Europe (certes peu en France, mais à ce que je sache, le marché de la BD française n'est pas une chasse gardée). Et à l’instar d'un autre ami dessinateur flamand qui sévit lui aussi plutôt dans les pays néerlandais ou dans le comics aux USA, et qui va choisir pour un de ces projets le système crowdfunding sur MMC. Je ne vois pas où est le mal de diversifier ses façon d'éditer un projet. Bien au contraire!
ENFIN! J'en ai un peu marre d'entendre ou de lire que la surproduction actuelle et donc la paupérisation d'une partie des auteurs serait de la faute des petits éditeurs ou de l'auto-édition. C'est FAUX! Et les personnes un peu au fait du monde éditorial le savent très bien (voir les rapports de Ratier ou de Guilbert
http://www.du9.org/dossier/numerologie-edition-2011/)
La surproduction a été initié il y a quelques années par Soleil, dans une logique d'occupation des linéaires. Suivi rapidement par Delcourt, Glénat et le groupe Média Participation. Actuellement, ils sont toujours dans cette même logique. Logique renforcée par le fait qu'ils ont intégré à leurs entreprises la diffusion/distribution (qui est le vrai nerf de la guerre d'une BD). Et donc, il peuvent se permette de sortir beaucoup de BD, même si elles ne se vendent pas énormément. Car leur seuil de rentabilité est bien plus bas qu'un petit éditeur (ou qu'une auto-édition) qui doit, lui, payer en plus ce cout de diffusion/distribution!
nesmo a écrit:Les dessinateurs de BDs sont très mauvais gestionnaires par nature, mais pleins d’espoirs.
Je ne suis pas dessinateur, mais scénariste. Donc pas pleins d'espoirs, mais plein de pragmatisme

[/quote]Je te souhaite de réussir et de me prouver que j’ai tors, sincèrement, je suis peut être un vieux réactionnaire mais il y a des réalités qui ne nous sont pas communes[/quote]
Merci pour tes encouragements Nesmo. J'espère qu'à la lecture de cette longue réponse tu auras mieux appréhendé notre démarche qui ne comporte aucune malice. Et puis surtout, nous ne forçons personne à nous suivre. Notre démarche est personnelle, et il y aura sûrement dans les semaines ou mois qui viennent d'autres projets similaires d'éditions, ou pas
